Château Pradeaux : 1999 -2000 - 2001 - 2002 - 2003 - 2004
En bordure de mer, sur une terre exposée aux influences marines. Combiné avec les terrains argilo-calcaires à dominante calcaire, de terre rouge et roches à fleur de terre, les conditions de culture en bio sont facilitées.
Le raisin est récolté à la main, légèrement foulé est mis en cuve ciment, sans éraflage (la rafle du mourvèdre a l’avantage d’allonger de façon significative la garde des vins rouges) pour une durée moyenne de fermentation de 8 à 10 jours. Puis élevage en foudre de chêne pendant 3 à 4 ans.
Encépagement : Mourvèdre 95%, Grenache noir 5%. Age moyen des vignes : 35 ans. 26 hectares dont 21 hectares plantés en AOC Bandol. Les rendements varient de 28 à 32 hectolitres à l’hectare.
Dégusté le 21 février 2010 - vigneron : Cyrille de Portalis
Millésime 2004 : La culture : L‘hiver et le printemps ont été très secs avec des températures de saison. Le cycle végétatif a été tout fait normal et régulier, avec un débourrement début avril. La floraison se passe normalement suivi d’un développement végétatif harmonieux. Peu de pression sanitaire, travail normal contre les maladies cryptogamiques. En juillet et août, les nuits sont sèches et les journées ensoleillées et ventilées. Cependant avec l’été aride et le stress hydrique de 2003, les conditions de culture ont été parfois délicates (jeunes vignes, parcelles très sèches…). Une relative sécheresse avec des déficits hydriques important selon les zones a été relevé. La période de véraison s’est déroulée à une époque normale. Chaleur, sécheresse et mistral ont été les garants d’un états sanitaire parfait et ont protégé les raisins des maladies comme le mildiou et l’oïdium. Une pluie en août a aidé à finir les maturations. Les vendanges normales, 10 jours après celles de 2003 se sont déroulées idéalement malgré une pluie en septembre. Le mistral en septembre a fini d’améliorer les conditions de récolte. La récolte était dans un état sanitaire parfait avec une maturité idéale : des raisins sains, avec une peau épaisse et des rendements en jus un peu en dessous de la moyenne, soit une baisse estimée de 10 à 15% par rapport à 2003. Les vins : Les vinifications ont été plus longues d’une une semaine (les peaux étant épaisses avaient un peu de mal à donner tout ce qu’elles avaient) que les autres années. Les vins ont tendance à avoir des degrés d’alcool assez élevés et de bonnes acidités. Les vins rouges puissants aux couleurs sombres, possèdent une structure phénolique assez importante : soit de belles intensités colorantes et des acidités intéressantes plutôt inhabituelles. Les rosés et blancs bénéficient aussi de cette fraîcheur et d’un joli gras.
Pradreaux 2004 : Alcool : 13,5%. La couleur est très foncée, de beaux reflets violacés, beaucoup de profondeur de robe. Intensité aromatique moyenne, la typicité de Pradeaux est là avec les épices, le cuir puis des notes florales. A la longues des notes plus suaves comme les fruits noirs (mûres; pruneau) arrivent à l’oxidation. L’attaque est franche, assez ample bien que laissant une sensation fluide. Les tannins assez virils, se manifestent rapidement mais conservent une certaine sveltesse. L’acidité prend la relève jusqu’à l’extrème finale. Le gras du vin se développe en milieu de bouche. Elle est riche et puissante sur des notes
de poivre, de griotte, de fruits noirs, de thé noir, de jambon de montagne, de raisin sec, de fumé…Très complexe. Très long, l’équilibre est superbe en force et délicatesse, la finale évoque des notes de cire…du potentiel.
Millésime 2003 : La culture : De l’automne 2002 jusqu’en avril 2003 les précipitations furent importantes avec de 350 mm en 5 mois. Les températures ont été clémentes au printemps, avec un débourrement assez précoce. La végétation s’est vite développée, puis les chaleurs caniculaires sont apparues, provoquant très souvent la chute des feuilles ou le blocage de maturité. Déjà début avril des signaux d’attaque d’oïdium sont apparus sur les secteurs précoces. La période sèche commence vers le 20 avril. Fin mai : floraison dans de bonnes conditions mais le mildiou est très actif, le restera jusqu’à la véraison. La canicule est écrasante les 40 degrés sont atteints sur plusieurs jours, les nuits sont chaudes, pas de pluie sur 4 mois (fin avril à début septembre). Cette sécheresse a entraîné une rapide évaporation du stock en eau, un stress végétatif précoce donc un blocage des maturations phénoliques et alcooliques. La vigne a moins souffert du manque d’eau que de la chaleur. Les vins : La vendange très précoce avait de nombreux raisins très sains, mais tout petits, engendrant une baisse des volumes, des PH élevés et une augmentation des matières par rapport au jus. Les tannins sont très présents avec des acidités plutôt faibles d’où des risques de manque d’équilibre.
Pradreaux 2003 : Alcool : 13,5%. Forte intensité colorante, disque déjà brunissant. Nez mûr de prune, de réglisse, de noyau de cerise, d’épice et de cuir. A l’évolution des notes de griotte, de torréfaction et de fumé. Attaque très ample et droite, Le style est assez musclé, viril et en volume. Cependant ce vin n’est pas dénué d’acidité. Le gras et les tannins manquent cependant légèrement de cohérence. Les arômes expriment des notes de fruits noir cuits, le raisin sec, la réglisse et même le pruneau. La finale est correcte, moins longue que les autres millésimes, beau vin, qui a préservé une certaine fraîcheur, mais avec moins d’ambition.
Millésime 2002 : La culture : Période hivernale douce et peu humide. Le débourrement précoce de 5 à 8 jours. Dès le début avril, de petites averses obligent aux traitements. Fin avril, les attaques de maladies sont importantes. Année pratiquement pas venteuse. La climatologie de l’année 2001 (alternance eau-sécheresse-vigueur-stress) provoquent des formation de grappe peu homogène avec des floraisons étalées. Coulure et du millerandage assez marqué sur tous les cépages en début juin. Début juillet : grosse pression de l’oïdium. L’alternance de périodes sèches et humides a rendu ce millésime difficile et fragile. Le mois d’août a été humide également : les maturités se sont déroulées médiocrement. Conséquence des pluies : les cépages précoces ont eu des peaux très fines avec des risques de pourriture. Les cépages tardifs ont eu du mal à mûrir. Début septembre fut assez favorable à la récolte des cépages précoces, mais les parcelles tardives et Mourvèdres ont vu une récolte délicate. Millésime très délicat et très variable : les vendanges se sont déroulées en fonction de l’état sanitaire (botrytis et la pourriture acide) plutôt que de la maturité souhaitée. Les vins : Les couleurs ont été assez bonnes (composés phénoliques assez riches), une acidité plus marquée qu’en 2001. Les bons vignerons habiles, dont les parcelles correctement travaillées ont obtenus de beaux degrés et une belle structure phénolique.
Pradreaux 2002 : alcool : 13%. Forte intensité colorante, le disque est sur l’orangé. Très beau nez de prune, de cerise noire, de fumé, de suie, de tabac brun, viandé avec une légère sensation volatile. Assez bonne complexité. Belle attaque franche et fluide, la matière tannique est sérieuse, dense et grenue. Le vin est surprenant pour sa vivacité ; combiné avec la minéralité, la structure de ce 2002 donne un résultat très agréable. Les arômes évoquent la menthe poivrée, le thé noir, le fumé, le brûlé, les fruits secs, la réglisse. La finale est respectable, avec une sensation “salée”, juteuse et nerveuse sur la griotte. Beau vin pour un tel millésime.
Millésime 2001
: La culture : L’hiver doux et pluvieux. La végétation a démarré vers la fin mars, 10 jours avant celui de 2000. Avril humide a provoqué l’arrivée des maladies. Mi avril, un coup de froid ralentit le développement de la végétation. A la mi mai, la végétation est vigoureuse. La chaleur amplifie la croissance, les maladies phytosanitaires augmentent. Bonne floraison puis nouaison précoce de 10 à 15 jours avec une coulure non négligeable sur le grenache. Sécheresse d’environ 4 mois de juin à septembre inclus, d’où maturation rapide et précoce. La véraison fut normale. Léger décalage des maturités polyphénoliques dues à la concentration très rapide des sucres. La récolte sur pied est modeste (rendements d’environ 20% moins importants) avec de petites grappes, les vendanges précoces ont été sèches mais les acidités sont étonnement bonnes. Les vins : Bonne extraction des couleurs. Les vinifications parfois délicates, avec parfois des arrêts fin de sucre et des malos traînantes, sur des vins plus alcoolisés que normalement. Les rosés sont aromatiques, les vins sont équilibrés le couple acide-alcool assez bon (mais avec un fort taux d’alcool), du gras et de la longueur. Bon millésime dans l’ensemble.
Pradreaux 2001 : Alcool : 15%. Le vin est très sombre, presque noir. Le disque est brunissant, encore sombre. Le nez est très complexe avec une large gamme aromatique et beaucoup d’intensité. Les fruits à noyaux (cerise noire, pruneau), les fruits noir, un registre un peu de sous bois (feuilles sèches, truffe) et balsamique (résine, garrigue). La bouche est ample, dense et fluide. L’attaque est franche, les tannins ont beaucoup de personnalité sans être agressifs. La rondeur est associée aux arômes de prune, de fruits noirs, de confit, de thé noir, de thym, de fumé, de zan…Le corps du vin impressionne par sa régularité. Les tannins ressortent en finale tendres et secs. La texture du vin est superbe où alcool, tannin, acidité et minéralité rivalisent en accord. La finale laisse une impression de fraîcheur et de velour qui donne envie de reprendre de ce vin.
Millésime 2000 : La culture : Hiver clément avec une sécheresse de 3 mois. Le débourrement fut en avance de 10 jours par rapport à 1999 à cause du manque d’eau de février et le coup de froid de mars. La végétation a débourré normalement. Le stade des 5 feuilles arrive fin avril grâce à des précipitations de 70 mm habituelles. Les problèmes phytosanitaires arrivent alors. Des pluies d’orage et la chaleur de mai favorisent le mildiou mais l’oïdium est plus agressif, qui le sera plus encore en juin. La floraison se passe dans de bonnes conditions. Stress hydrique variable en juillet, les températures sont plus fraîches qu’à l’accoutumée. Août a été très très sec. Les vendanges sont légèrement précoces, particulièrement pour les blancs. Les vendanges sont idéales avec maturités et un climat parfaits. La récolte est abondante et meilleure que 1999 . La sécheresse des deux dernières années a causé des problèmes physiologiques. Il a fallu attendre les rouges, la récolte des rosés a été plus délicate. Les vins : La vinification a été assez délicate. Les malolactiques furent hétérogènes, soit très rapide, soit assez lente, perturbées par l’alcool. Les vins sont théoriquement supérieurs à 1999. Les rosés sont colorés, équilibrés en dépit de l’alcool, expressifs. Les rouges sont eux aussi réussit. Il une différence notoire entre les vins issus de récolte hâtive et ceux que le vigneron aura attendu (les pépins passent du vert fluo au marron). La réussite du millésime a été fonction de la maîtrise de la charge et la réserve hydrique des sols.
Pradreaux 2000 : Alcool : 13%. Intensité colorante assez forte, assez brillant, disque orangé. Le nez est très fin et complexe, sur la cerise confite, les fruits noirs, le cédrat, la prune cuite, le raisin sec, la réglisse. Charmeur. L’attaque est assez fluide, les tannins sont moyennement denses avec une belle sensation poudreuse. La structure relativement “légère” donne une sensation aérienne globale à ce millésime. La bouche est envahie par des notes de cuir, de thé noir, de fruits noir et d’épices. Une impression chocolatée agréable précèdent la finale un peu boisée. Très bel esprit dans la légèreté, la finale est cependant un peu courte.
Millésime 1999 : La culture : L’hiver a été relativement doux, les précipitations ont été insuffisantes pour combler le manque d’eau de 1998. Le débourrement a été légèrement retardé par une période de froids prolongés. Le mois d’avril chaud et sec a activé le développement végétatif. Le mois de mai a été plus chaud encore.Les quelques petites averses régulières ont rendu l’oïdium très virulent donc difficile à maîtriser.Le mois de juin est très sec (oïdium sur feuilles et mildiou sur les grappes). Fin du mois, les vers de la grappe sont très actif (botrytis présents au moment des vendanges). Juillet et août ont été très secs : bonne croissance des grains grâce à une hygrométrie nocturne favorable. Il y a eu très peu de mistral en 1999. Les vendanges ont débuté vers le 8 septembre. Très ensoleillées au début, les averses mi-septembre ont légèrement altéré la récolte : bonne teneur en acidité, bons indices polyphénoliques et un potentiel couleur. Les vins : Les vinifications se sont bien déroulées. Les fermentations malo-lactiques ont été rapides. Les produits obtenus sont corrects, la richesse aromatique des rosés un peu plus riche que l’année précédente, moins alcoolisée et plus acide. La matière des rouges est un peu moins élevée que 1998 mais présente un bon équilibre gustatif avec une belle richesse aromatique. C’est un millésime de vigneron, la qualité des jus est hétérogène qu’ils soient récoltés avant ou après les pluies, l’année aura été assez difficile du point de vue sanitaire.
Pradreaux 1999 : Alcool : 13%. L’intensité colorante est assez forte, le disque tourne sur des reflets orangés, belle profondeur. Le nez est intense, et évolue sans cesse dans le verre. Déjà des arômes tertiaires sont perceptibles mais le fruit dans l’ensemble est bien présent. Complexité : la griotte, les épices, des sensations légères de garrigue, le raisin sec, le jambon sec, ainsi que des touches florales (lilas) le tout évoluant sur des notes de cire et de sous bois. Belle attaque, assez ferme avec une belle fluidité. Les tannins sont assez souple, bien que typé Mourvèdre, avec une belle densité. Le gras donne une sensation de suavité, cependant la combinaison acidité / minéralité rend ce vin presque “léger” ! Fruit à noyau, cire, moka, garrigue, thé noir, avec un rien de sucrosité se combinent avec de fines notes amères. Beaucoup d’élégance, de la finesse, de la patine. Longueur remarquablement fraîche et sapide.
Pour accompagner ces Bandol rouges : Une verrine de risotto préparée avec des cèpes secs, dont l’eau d’infusion a servi cette préparation, des foies de volaille pour relever l’ensemble. Ensuite, la classique cuisse de canard confite accompagnée d’une purée du pois et croutons.
Tous les vins, chacun à leur façon, ont résonné avec les 2 préparations, cependant il était facile de relever une nuance parmi les deux types de millésimes :
- Les vins les plus en finesse comme le 2002, 2000 et le 1999 ont mieux convenu à l’entrée, dont les arômes à la fois de sous bois et sanguin ont suivit les arômes d’évolution du vin. Par ailleurs, la structure plus dentelée de ces rouges répondait parfaitement sur le moelleux du riz.
- Les millésimes en puissance comme les 2001, 2003 et 2004 ont par contre été plus “efficaces” sur le salé/gras” du canard. La force tannique chassait le gras, enveloppait la bouche de ses arômes pour préparer la nouvelle bouchée.
Nous avons essayé quelques fromages sur ces vins : seul le Pélardon mi-crémeux et le Manchego ont à peu près fonctionné sur les 2002, 2000 et 1999, dont la maturité n’a pas heurté le fromage. Les millésimes en puissance ne jouaient pas aussi bien. Par contre, aucun des 6 vins n’ont correspondu aux Roquefort, Camerbert très fait et une Tome Savoyarde très intense.
