“Le vin des Parisiens”

Tentative de définition :

  • Tendance branchée due à la rareté (prix ou tout petit domaine ou pas encore connu).

  • Tendance écolo comme objet de consommation visible et produit d’identification.

  • Tendance PURE (mot qui sort beaucoup chez les vignerons qui sentent les courants, par exemple domaine de la Barroche à Châteauneuf, a créé une cuvée 100% grenache noir, nommée Pure, vendue plus de 100€, il gère la rareté et commence à devenir célèbre, surtout outre Atlantique) qui s’exprime dans le produit plutôt que par son image : il s’agit souvent de vins provenant d’une culture dite « naturelle » : en bio, écocert, biodynamique ou raisonnée. Le principe et d’intervenir le moins possible en traitements, de travailler beaucoup en mécanique et entretient : privilégier la récolte, des équilibres naturels dans les baies, des grains les plus sains et mûrs possibles pour avoir des vinifs les moins technologiques possibles. Cela donne des vins (dans le sud) aux équilibres plus vifs et frais (plus d’acidité), aux tannins moins agressifs, moins lourds et alcooleux aussi. L’accent est moins mis sur la concentration aromatique que sur la qualité de texture et de touché en bouche. Quand les vignerons travaillent le bois, les élevages sont faits pour arrondir et assouplir les tannins plutôt que d’obtenir des arômes boisés. La longueur et la finesse (autre mot tendance) sont recherchées.

Souvent ce sont des vins d’individus, de fortes personnalités qui se sont battus contre les appellations (certains vendent leurs vins en vin de pays par abandon devant la rigidité de l’INAO ou l’incompréhension de leurs pairs). Les archétypes sont Marcel Richaud, Christine et Eric Saurel, Alain Graillot, Olivier Jullien. De nouvelles stars montantes, qui bénéficient du regard branché (malheureusement) du journalisme parisien : Pfifferling (qui le mérite tout de même).

Il y a aussi une logique d’engagement qui est perçu par les consommateurs, au-delà de la qualité des produits, il y a un « acte politique » de boire des vins réalisés par des vignerons qui se sont mouillés.

Le Parisien, reste un totem, il représente l’homo urbanicus cultivé et aisé, les sociologues l’on traduit en « bobo ». Le « parisien » de Strazbourg ou de Grenoble ne consomme pas le vin autrement. Mais Paris reste une icône, la consommation culturelle des musées est essentiellement parisienne, le vin suit le même parcours.

Cela me rappelle l’histoire du Claret au XVIIIème siècle qui est devenu le « vin noir » cf R. Dion (ce qui créa le type de Bdx moderne ! ) que la “upper class” londonienne s’enfilait pour se différencier de la petite noblesse qui buvait Claret, Sherry et autre Malaga, ou de la bourgeoisie qui les imitaient. Le bobo de Paris suit les traces des lords de Chelsea d’alors, nouvelle consommation : nouveau vin.

Ceci-ci dit, Parker est un grand dégustateur qui a ses goûts, cela a donné la Parkerisation, actuellement nous évoluons parallèlement vers la Parisanisation des vins, devons-nous nous en plaindre ?

Ce qui me gêne, plus que l’élitisme (condition des grands vins ! ) c’est le caractère intransigeant et limité de cette conception du vin : pour une certaine faune (influence des viticoles ? ) point de salut si le vigneron ne parle pas d’enherbement, d’effeuillage, de non-sulfitage ou absence de filtrage… Il y a un dogme naissant qui pourrait priver le vigneron de la liberté de faire les vins dont il rêve.

Autre chose, tout le monde connaît (au moins de nom faute de l’avoir goûté ! ) le Clos des Papes, que le Wine Spec, encense tous les ans : régulièrement l’un des 10 meilleur vins du monde. De fait, Paul Vincent Avril fait un vin « nature », mais jamais dans cette presse viticole nationale je n’ai perçu qu’on lui affectait cette notion de vin de parisien, s’agit-il d’une autre sphère, trop célèbre pour jouir de ce statut, inattaquable et hors polémique ? Pourtant un journaliste Thomas Bravo-Maza, lui donnait (à juste titre) l’épithète de vin Cathédrale : massif comme Notre Dame, aérien comme ses dentelles de pierres et long comme l’écho qu’on retrouve dans sa nef, il y a du parisianisme là-dedans ?

On est loin du simple idéal écolo du vin propre. Dans le renouveau des années 80 de la viticulture occitane, la route pour se dessiner un avenir n’était pas certaine et la concurrence entre les appellations était plutôt rude. Bordeaux et Bourgogne régnaient, La vallée du Rhône était en passe de devenir une star internationale.

La folie de quelques vignerons accrochés à leurs coteaux et à leur foi (leur goût, leur conception du vin, de la culture « propre », de leur identité…) a permis de mettre au jour des vins nouveaux. Ils n’avaient guère le choix et il a fallu se tailler la route de la notoriété en avançant sans profiter de celle de leurs appellations, qui pouvaient constituer alors un inconvénient commercial. Ils devaient composer des vins de caractère, au profil franc et sincère, démarqués des terroirs élitistes et des classifications officielles. Leur travail se concentra en forçant la typicité du terroir, en épurant les méthodes de travail jusqu’à l’austérité, en exhumant des cépages oubliés, en refusant la logique des appellations et commercialisant leurs produits sous le label « infamant » de vin de table.

Ce furent les méthodes pour attiser les papilles des journalistes et sommeliers et les amener vers une conception nouvelle du vin – ces prescripteurs parisiens pour la plupart, ont relayé la bonne parole. Il faut ajouter que chaque parcours de ces néo-vignerons de l’époque, est l’actes de foi d’un marketing authentique où la chance de survie dans cette aventure agricole - que le consommateur romantise en oubliant qu’il s’agit toujours d’un défi économique – laissait entrevoir un mince filet d’espoir dans un monde viticole très concurrencé par l’offensive naissante des vins de l’hémisphère sud.

Ce concept de vin parisien – enveloppe facile pour les vins non calibrés dans le négoce traditionnel – provient tant d’une attitude mi-mondaine et mi-« accro du pinard » du point de vue consommation que d’une logique de production.

Les vignerons ne s’en sont tenus qu’à considérer le produit final, le contenu.

Celui-ci est la plupart du temps issu d’agriculture biologique ou bio-dynamique. Ces méthodes culturales ne sont pas toujours utilisées pour leurs options idéologiques, même s’il faut en convenir, la synergie bon vin et vin écolo favorise le commerce. La démarche organique est la seule apte à proposer les conditions de récoltes qualitatives de manière pérenne. Pour preuve, de nombreux vignerons ne vantent guère ce statut de vin bio, ils ne désirent pas être particulièrement identifiés comme producteur bio, leur seule quête est de produire Le Vin qui, en les faisant vivre économiquement, réponde à un idéal gustatif. Le vin de parisien est aussi une recherche de grand vin.

Ce nouveau courant semble s’écarter des logiques d’appellations (combien de vins fabuleux ont été rejetés par les jurys composés de vignerons « normaux » des commissions d’agrément ! ) ; celle du terroir, est par contre amplifiée par la compréhension nécessaire des combinaisons sols/climat pour adapter les modes organiques de culture. Mais plus que tout, au delà des principes culturaux, ce néo-vin est un vin d’individus, de tempéraments, de visionnaires ou de fous engagés jusqu’au cou dans leur recherche jusqu’au boutiste.

Dans notre monde individualiste, il fallait des vins d’individus, le citadin cultivé et auto-centré ne pouvait qu’être charmé par son double rural.




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