Chemins Vignerons

A la découverte des vignobles du soleil

LChateauneuf du Papes en hiver, une opportunité pour profiter de ses crus !Les couleurs explosent au printempsAvant de déguster, la visite des vignes sLes terrasses de Cassis regardent la merLa montagne Sainte Victoire en étéLa fausse roquette exsude des senteurs miellées Les Dentelles de Montmirail : beaux paysages et bons vinsLa visite de cave reste incontournableLes domaines possèdent des trésors cavesLe charme des villages Méditerranéens

Millésime 2012

Les années sont toutes différentes, ce n’est pas vraiment une nouvelle ! 2012 a vraiment prouvé cette vérité. Les conditions climatiques ont provoqué des conditions particulières, de réelles nuances d’une région viticole, d’un terroir, d’un vigneron à l’autre. Plus que jamais 2012 est un millésime de vigneron.

Globalement le climat a été très doux et sec (des pluies notoires en novembre 2011) sans Mistral en hiver avec un revirement brutal mi-février (Un épisode glacial qui dura 15 jours dont les pointes atteignirent -10 à -15°C, avec en parallèle la montée du vent rhodanien pouvant donner des températures ressenties de -20°C au moins). Ce coup de froid a eu des incidences redoutables, peut être au-delà du millésime 2012. Le printemps, qui se manifesta très vite ensuite (25°C mi-mars en vallée du Rhône), fut plutôt humide et frais (plus de 20 jours) en avril, une semaine en juin, très chaude, l’été fut sec (mais une bonne pluie début juillet) Mistral fin juillet, avec quelques pointes torrides contrairement aux zones nord de la France. Les vendanges ont été assez sèches mais entrecoupées de périodes pluvieuses. Les réponses des terroirs ont pu être déterminantes, voici en détail un résumé de ce millésime 2012 qui promet de belles réussites selon les vignerons.

Vallée du Rhône

Dans les parties la plus orientale de la vallée du Rhône, JM Géren déplore une chute des volumes de 20% mais est très satisfait, le climat sec et les bonnes pluies (pluies intenses le 25 août de 20mm puis 80mm le 30 août suivies de Mistral) en sont la cause, puissance et concentration donc au Château de Fontségune. Conscient de sa chance il précise que la météo a été « très disparate au sein même de la Vallée du Rhône ».

En zone Ventoux les vieux Carignan de Vincent Vincenti ont beaucoup souffert : « le bois a été fendu en plusieurs endroits…les pieds ont l’air mort…ce sont les parcelles les plus exposées au vent et les plus âgées qui présentent le plus de dégâts » ! Il ajoute que les vignes qui n’ont pas dépéri rencontrent des problèmes de débourrement : « la sortie des bourgeons est irrégulières ».

Lirac, Tavel et Rive Droite.

En rive droite la marque de l’hiver a pu être mois cruelle ? Bernard Duseigneur au Domaine Duseigneur signale que l’humidité printanière a provoqué des départs de végétation plus fort que les autres années, mais avec des floraisons retardées (vers le 10 juin). Gilles Chinieu du Domaine de la Romance précise que cette période a vu aussi de brutales variations de T° entraînant la coulure des Grenaches. Pour lui la vigilance du vigneron a dû être en alerte toute l’année. L’été a été sec avec 77 jours sans eau ! Tous deux sont du même avis : le stress hydrique a bloqué le développement des maturités. Le 30 août entre 35 et 60 mm d’eau suivi d’un bon Mistral a permis de retrouver le cycle de la maturation. Gilles précise que les nuits fraîches de la fin d’été furent profitables pour synthétiser couleurs et arômes. Les vendanges ont été retardées pour cause de printemps humide et de fraîcheur de début septembre, elles finirent tard (6 octobre). La qualité sera bonne (bon état sanitaire), moins alcooleuse, plus acide et peu volumineuse : un vin qui devrait être fait pour la garde.

En Rive Gauche

Châteauneuf du Pape

Le coup de froid a sûrement été ressenti plus durement qu’ailleurs. Ce terroir plus chaud que les autres avait des vignes encore en activité, donc avec de la sève active lors de l’arrivée du gel (jusqu’à -12° plus l’effet du Mistral  à 100km/h!) : les plus vielles vignes, qui constituent le patrimoine Châteauneuvois ont payé un lourd tribut : 1/3 des vignes n’ont pas ou mal débourré ! Isabelle Ferrando du Domaine Saint Préfert note de la coulure sur vieux Grenache. La sécheresse a bloqué les maturités là aussi. Les pluies de début et fin septembre ont tout remis en place, les sols draînants de galets ont permis d’éviter le moisi. Il a fallu attendre pour récolter. « Les Syrah, les Cinsault et Mourvèdre sont magnifiques ». Pour Isabelle il y a moins d’alcool et plus d’acidité, avec  « de remarquables maturités phénoliques » Un vin de garde.

Au Domaine Roger Sabon, Didier Négron insiste sur l’effet du froid hivernal qui a « provoqué une forte mortalité sur les vieilles vignes, créé des écarts de débourrement (dans une même parcelle) importants, un développement non uniforme des pieds de vignes ». La récolte retardée donne des vins avec  « une belle finesse de tannins et de la fraîcheur naturelle ». Mêmes observations au Château la Nerthe, Christian Vœux attribue une partie du maigre rendement aux 2 semaines de canicule mi-août. Les Syrah lui semblent avoir le mieux réussi cette année : de beaux tannins avec de la fraîcheur.

Gigondas

L’hiver a lui aussi eu un impact sur les Dentelles de Montmilrail, 2 grands terroirs l’un de « plaine », l’autre d’altitude, avec des réponses variées. Moins de mortalité au sommet dont les terroirs plus froids qui ont permis de mettre les souches en dormance. La plaine souffre d’un débourrement irrégulier, de la mortalité. Jérôme Maillot du Domaine de Longue-Toque analyse la perte de volume à cause des bourgeons qui ont grillé en février : « les bourgeons de secours moins productifs n’ont pu compenser la perte ». Franck Alexandre, du Domaine des Teysonnières, dans le terroir le plus sablonneux de Gigondas a eu a combattre le mildiou engendré par le printemps humide. Ce sol, aux bonnes réserves hydriques lui a permis de résister parfaitement au stress du à la chaleur, ses Grenache sont superbes, mais 15% de moins et de beaux tannins, de la fraîcheur et moins d’alcool. Au Domaine de Cassan, Jean Charles Croset relate les mêmes difficultés sur les appellations Ventoux (-40%) et Beaumes de Venise. Pour lui l’été sec a été sauvé par les bonnes pluies de début septembre. Sur son terroir de montagne, les Syrah sortent du lot à Gigondas : c’est un très beau millésime !

Provence.

Côtes de Provence et Coteaux d’Aix

Au Domaine des Béates, au sud de la Durance, tout proche d’Aix en Provence, Monsieur Terrat considère positivement ce millésime avec « un printemps maussade et un été chaud et sec ». Le froid de l’hiver est la cause des vendanges retardées : « les maturités tardives quand la météo est bonne sont toujours plus qualitatives ».

Au nord d’Aix, le Château de Vignelaure dans un terroir d’altitude a souffert des -20°C de février qui a entraîné un débourrement non homogène. Combiné avec la sécheresse et le stress les réponses pédologiques ont été plus difficiles à gérer que d’habitude. D’après Philippe Bru directeur du domaine, les Syrah sont particulièrement belles, les Cabernet sont bien venus aussi. Les vendanges finirent le 18 octobre, il y a fallu trier, non pas pour cause d’état sanitaire mais surtout pour ne pas mélanger les différentes maturités. Un millésime de travail dans la vigne et d’observation pour les vendanges ; finesse et élégance sur les rosés, puissance chez les rouges.

Au Château Paradis, mêmes observations, selon Marine Gayard concernant le caractère un peu tardif. Le terroir du domaine orienté au nord a été favorable à l’été chaud et a préservé du stress hydrique. Là encore, la Syrah sort du lot ; avec en général de très belles maturités phénoliques pour le vigneron qui a su attendre.

Bandol

Vincent Racine, maître de chai au Domaine Souviou, considère que ce millésime a été « un peu compliqué, en partie à cause d’une floraison hétérogène et des températures fraîches nocturnes de l’été ». Cependant le résultat est à même de donner « une typicité digne d’un Bandol ». Au Château Pibarnon Eric de Saint Victor met en avant les choix parfois risqués pour chercher le meilleur. Avec un mois de mars chaud et un printemps long à démarrer : la végétation s’est développée lentement. Les grosses chaleurs de l’été et la fraîcheur matinale (16° seulement un matin !) ont favorisé les maturités. Heureusement les pluies de septembre ont débloqué les vignes du stress hydrique. L’attente a été positive, les pluies d’automne (40 mm seulement) n’ont pas été dévastatrices. Les vinifications ont dues se dérouler dans la patience ! Sans être un millésime dans la puissance (moins d’alcool), le 2012 devrait être très élégant avec de la finesse et de la profondeur pour les Mourvèdre. Les Grenache très aromatiques et soyeux.

Pour Stéphane Bourret de Bastide Blanche, à Sainte Anne du Castelet, les pluies hivernales ont permis de reconstituer le stock hydrique. D’autres, en mai ont facilité le développement foliaire. Celles de septembre ont donné l’opportunité « aux raisins de se regorger  en jus » sans perdre en concentration. Le stress dû à la chaleur a épaissi et durci les pellicules ce qui a engendré des extractions délicates. Les structures tanniques sont élégantes et fines sans montrer d’énormes matières comme les puissants 2006 – 2007 et 2009.

Languedoc

Saint Chinian

Au Domaine Rimbert sur la commune de Berlou, Jean Marie Rimbert déplore une baisse moyenne des volumes de -20% (-40% sur les parcelles en pente) : le déficit hydrique en est la cause. Les terroirs de schiste ne peuvent « compenser le manque de pluie par les nappes phréatiques ». Mildiou et oïdium n’ont pas causé de problème, dans de bonnes conditions de vendanges  « la qualité est irréprochable ». Petits volumes sur les blancs, les Syrah ont un peu souffert, Grenache et Cinsault superbes ! Une année finesse et finalement classique. Le Domaine de la Madura sur le village de Saint Chinian, Nadia et Cyril Bourgne rendent grâce aux pluies régulières du printemps et de l’été – qui malgré une pression constante des maladies ont permis de résister au stress. Les vendanges ont commencé 10 jours en retard avec des T° fraîches et des conditions sèches : cela a favorisé l’expression aromatique et de beaux équilibres. La condition était d’attendre, les raisins étaient sains ! Cela tient sûrement à leur gros travail de vendanges en vert et effeuillage, qui permet de lutter plus facilement contre les maladies. Les vins sont colorés et souples mais Cyril nous précise que dans ce terroir il y aura une grande hétérogénéité de résultat !

Terrasses du Larzac

Au Clos Maia, Géraldine Laval est très contente de son terroir : les pluies printanières ont un peu engendré de mildiou mais l’été frais au début puis normalement chaud en août a repris le dessus. De petites pluies fin août ont gommé le stress hydrique. Les vendanges ont commencé le 17 septembre, normalement. La véraison s’est manifestée tard et la maturation est venue lentement, les nuits ont été fraîches : tout cela a permis de conserver de très belles acidités. Les rendements restent normaux et les raisins sains. La fraîcheur et la minéralité devraient marquer ce millésime. Un millésime NORMAL. Au Domaine O. Jullien, on n’a pas souffert de la rudesse de l’hiver, bon comportement de la vigne au printemps. Olivier Jullien précise que les vendanges se sont étalées sur deux mois ! Cela résulte des alternances  entre les périodes froides et chaudes : frais en juillet, canicule en août puis refroid en septembre. Savoir attendre et observer étaient les clefs du succès.

Pic Saint Loup

Au Domaine de l’Hortus mêmes impressions globales. Yves Orliac signale un débourrement tardif dû au grand froid de l’hiver. La floraison a été plus étalée pour cause de climat plus instable que d’habitude. L’été fut chaud et sec produisant des raisins sains. La plupart des cépages ont mûrit avec 10 à 15 jours de retard, il a fallu attendre plus encore le Mourvèdre. Les effets terroirs (nature des sols, orientations) ont été déterminants. Pour ceux qui ont su attendre, 2012 sera très beau, surtout pour les rouges (les volumes des rouges n’ont quasiment pas bougé, -10% pour les blancs). 13° d’alcool, taux inférieur aux habitudes avec des acidités moins marquées. « Les terroirs aux sols profonds, bien drainés…ont donné des vins les plus profonds et les plus équilibrés ».

Conclusion : La Vallée du Rhône a souffert de la rigueur du Mistral qui a transformé la dureté hivernale en une petite Sibérie. Les pluies du printemps, partout, ont parfois généré des maladies cryptogamiques, le soleil a pu provoquer du stress. L’étrange débourrement a provoqué des réponses variées dans les vignes, les pluies de début septembre ont rendu plus difficile encore les décisions à prendre : millésime de terroir et millésime de vigneron pour qui a su attendre. Les vignobles proches de la vallée du Rhône ont plus souffert du froid de février. Le Languedoc en a été préservé et semble présenter plus de régularité !

Commentaires Clos.